C’est un homme de l’ombre, l’un de ces rares combattants qui a réussi la transition entre deux époques, de la chute du mur de Berlin à la lutte contre le terrorisme en passant par les cyberguerres. Cette interview exclusive fait partie d’une série dont vous pouvez lire la première partie sur ce lien.

Allen – après avoir été un contractuel pendant plus de 15 ans – est aujourd’hui en charge des opérations sensibles à l’étranger pour une agence de renseignement américaine. Il a navigué entre la CIA, la NSA, le FBI puis le DHS dont il a été l’un des piliers de la sécurité interne. Il évoque notamment le véritable traumatisme des affaires Wikileaks et Snowden pour le renseignement américain ainsi que la fulgurante et violente chasse aux sorcières secrète qui a suivi ces deux affaires. Une interview exclusive réalisée par Jean-Paul Ney.

« Pour moi Snowden et Assange méritent une balle entre les deux yeux, ce sont des traitres. »

- Bonjour Allen, quel est votre rôle exact au sein de la communauté du renseignement américain ?

La seule réponse que je puis donner est qu’actuellement ma profession est de protéger mon pays, mon métier est de traquer les traitres et mon job de tout savoir sur eux.

- Une réponse moins évasive ?

Depuis les fuites de Wikileaks, j’ai fait partie de ces centaines de spécialistes en informatique dont le travail a consisté à trouver le moyen de combler les failles numériques et physiques de notre gigantesque parc informatique. Puis nous avons créé un cycle de formation et de conférences avec les services de communication interne pour sensibiliser les milliers d’employés civils et militaires à la sécurité informatique basique, les machines nous entourent, il faut donc en apprendre les bases pour se protéger, protéger nos secrets et notre nation. L’agence pour laquelle j’ai travaillé m’a recruté, je suis aujourd’hui un employé du gouvernement américain, nous sommes très nombreux à avoir fait nos preuves pendant des années. Par la suite j’ai été en charge d’enquêter avec la sécurité militaire et le FBI sur des candidats potentiels mais surtout sur les contractuels travaillant pour la CIA, c’était juste après les fuites de Wikileaks et avant l’affaire Snowden. A présent je suis toujours dans une cellule qui traque les fuites depuis l’étranger, je suis comme un couteau suisse, multi-emploi.

- Vous avez traqué Edward Snowden jusqu’en Europe, que pouvez-vous nous en dire ?

Très rapidement après les premières fuites, tous les contractuels ont été observés de près, le lendemain plusieurs centaines d’accréditations ont été retirées, des sociétés informatiques mises à la porte et des administrateurs système ont été interrogés par le FBI. Les agences ont très vite réagi, sans trop faire de dégâts. Des dizaines d’équipes ont été envoyées en Asie puis en Europe pour traquer Edward Snowden. Nous savions où il se trouvait à chaque seconde, où il se cachait et avec qui il correspondait. Le job de ces équipes était de le traquer « numériquement » et physiquement pour plusieurs raisons : premièrement, il avait emporté des centaines de documents classifiés à l’étranger, nous devions éviter qu’un service étranger puisse les récupérer, deuxièmement, Snowden risquait d’être la cible de mafias ou d’autres personnes mal intentionnées, troisièmement, nous devions nous assurer que son environnement était assez dégagé pour intervenir. Dans mon équipe, et je sais qu’il y en avait plusieurs ailleurs, un type était chargé de le liquider physiquement, il était là au cas où. Si l’occasion s’en présentait l’ordre direct venait de Washington. Donc nous devions le protéger des autres d’un côté, s’assurer que rien d’autre ne fuitait et rapporter ses contacts et communications. Par trois fois, Snowden a été vulnérable physiquement, aucun ordre n’est arrivé de Washington.

- Vous voulez dire que vous auriez pu l’exécuter ?

Pas moi, mais l’homme en charge de cette mission était à mes côtés tout le temps, quand l’occasion se présentait, s’il devait agir, seul ou pas, je n’en sais rien.

- Qu’en pensez-vous personnellement ?

Pour moi Snowden et Assange méritent une balle entre les deux yeux, ce sont des traitres. C’est de la mise en danger délibérée d’autrui. Ils ont ouvert une porte très dangereuse car ceux contre qui nous luttons en face sont extrêmement dangereux, ils ont donné des informations vitales aux ennemis de l’Amérique. Ils ont fait condamner à mort des dizaines d’informateurs des services de renseignements américains, vous qui êtes journalistes enquêtez ! Vous verrez combien d’afghans, d’irakiens ou d’autres ont été exécutés car identifiés dans les rapports mis en ligne et non censurés ! Les terroristes ne sont pas des animaux qui vivent dans des grottes… Ce sont des gens intelligents, redoutables et qui savent faire basculer l’opinion de leur côté.

- Et vous ne parlez pas de Bradley Manning, ce soldat qui a copié les fichiers pour les donner à Wikileaks et Assange…

Des Manning, des Assange et des Snowden il y en aura encore, mais nous avons compris la leçon et ils savent à présent le danger qui rôde autour d’eux : On ne trahit pas sans casse. Quelle vie pour Assange au fond de son ambassade ? Quelle vie pour Snowden loin de son pays qu’il a volontairement trahi et ne reverra sans doute jamais ? Quelle vie pour Manning au fin fond de sa prison pour le reste de sa vie ? Ce que je sais c’est que ces trois profils sont instables, ce sont des gens à qui la confiance ne peut être donnée, dans n’importe quel camp. Ce sont des egos surdimensionnés, emportés par une routine, par une envie de reconnaissance ! Pas pour une mission d’information publique non ! Pas du tout ! Ce qui nous est arrivé vous arrivera en France, parce que ces profils sont issus du monde « libre » de l’informatique, ce sont ces mêmes crétins qui ont aidé les « rebelles » syriens, qui ne sont juste que des terroristes affiliés à AlQaïda, à communiquer avec l’extérieur et entre eux. Je vais vous révéler un scoop : Nous sommes en rapport avec vos services en France, et j’ai moi-même étudié la « sphère linux » en France, sachez que certains profils du type Snowden ont eu et ont toujours un rôle majeur sur des systèmes informatiques très sensibles à Paris. Ces sphères sont politisées à l’extrême gauche, beaucoup d’administrateurs sont des militants politiques numériques, même s’ils font de grandes écoles privées, ils gardent leurs cercles et leurs amitiés d’antan… Vos recruteurs ou vos contractuels ne sont pas assez formés et ne connaissent que très peu cette menace. Vous aurez bientôt votre Snowden ou votre Assange… 

La suite de l’interview dans quelques jours…

4 Responses

  1. kilen

    Entièrement d’accord. Je partage la vision de ce professionnel concernant les prétendus « défenseur de la démocratie ». Ils sont exactement ca: des narcissiques en mal de reconnaissance qui mettent en perils une foule de données/personnes vitales pour notre sécurité (pour l’occident en général) afin de gagner en popularité et de se créer un destin/une importance… votre contact a tout a fait raison. Compétences/intelligeance technique ne font pas sagesse/maturité/responsabilité. Les responsables feraient bien de perfectionner les tests psy des personnels et de suivre les gens concernés sur de longues périodes… ca ne simplifiera pas le travail et le temps de travail mais ca semble nécessaire vu les évolutions de notre monde. Si ca peu permettre de détecter quelques profils à risque et de les remplacer par des professionnels responsables et réellement patriotes, ca en aura valu la peine… pas simple le boulot des pro du renseignement de nos jours. (Et ca risque de se compliquer encore par la suite) mais, si je peu me permettre, il y a aussi beaucoup de gens bien conscient du boulot qu’ils abattent et du fait que la grande majorité sont integres… (y) :)
    (…vivement la suite de l’interview)
    ++ :)

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    • Réaliste

      Croyez-vous vraiment que le système de surveillance mondial mis en place par la NSA et ses partenaires étrangers servent à endiguer les réseaux terroristes? Ne soyons pas naïfs, comme le dis ce professionnel, les terroristes ne sont pas bêtes et ils n’utilisent pas un simple système d’exploitation Windows ou autres ou un smartphone lambda pour communiquer, ils utilisent des moyens perfectionnés, parfois même obtenus avec la complicité d’états agissant contre les USA et leurs alliés. Donc on est en droit de douter de la légitimité de certains programmes de surveillances et sagesse de certaines personnes qui dirigent les services de renseignement et d’action, sans pour autant remettre en cause le bien fondé des services secrets.
      Il faut arrêter de croire que les Etats et leurs organes agissent pour défendre la liberté contre les ennemis de la démocratie. Comme le disait si bien De Gaulle: « Les Etats n’ont pas d’amis (ou d’ennemis), ils n’ont que des intérêts »

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  2. Réaliste

    D’autre part, ce n’est que mon avis, mais si Snowden avait été vulnérable a plusieurs reprises, et que les services de renseignements savaient exactement où il était et ce qu’il faisait, il aurait été tué avant même que l’on en parle… Ce que dit cet homme est pour moi un avertissement de dissuasion pour les éventuels personnes ayant les mêmes intentions. Il est évident que même si les services secrets se sont fait surprendre, ils ne peuvent avouer un échec (si échec il y a eu) et se doivent donc de montrer qu’ils ont été à la hauteur, c’est une question de crédibilité. Cela dit peut être qu’il a bien été repéré, mais bon, sachant que Snowden était conscient des pratiques de la NSA il a surement tout fait pour laisser le moins de traces possibles.

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  3. kilen

    Je ne critique pas le contenu mais les RAISONS pour lesquelles ces révélations ont été faites…
    Bien sûr, il ne faut pas être naif. Et c’est bien pour cela qu’il faut reconnaître l’utilité des services secrets, du pouvoir/contrôle sur l’information et de tout ce qui en découle…
    Le myth du méchant agent secret ou services cherchant à abuser du pouvoir est pour moi du même accabi que les légendes urbaines.
    La raison d’être de ces services est de permettre aux États de pouvoir accomplir ce qui doit être sans que cela puisse être fait au grand jour…
    Ce qui est on ne peut plus nécessaire dans notre monde et le sera toujours.
    Les intérêts des États (et la corruption qui en resulte) sont une réalité mais il ne faut pas confondre le messager et le message…
    Sinon les flics sont des oppresseurs, les soldats des boureaux, etc…
    Ce qui est faux.
    Quand onvoit le profile psy de ces gens et leurs expériences, ce sont des gens qui, comme la plus part, font se qu’ils peuvent (en ne contrôlant que peu de choses dans les faits).

    Dans ce cas ci, Snowden a fait bien plus de mal que de bien car c’est le système (avec ces qualités/défauts, mais comparé à avant il y a pas photo même si beaucoup reste à faire) qu’il a fragilisé, non des brebies galeuses qui ont abusées de leur intérêt…

    Tout ces gentil bcbg, bien élevés (sans visé message précédent) feraient bien de se dire que c’est grâce à ceux qui bossent pour protéger les intérêts de CE monde (actuel), que nous ne vivons plus comme au moyen âge ou dans une société comme celle de Mao dans les années 55-65…

    Donc ce genre de robin des bois qui sont incapable de sortir de leurs petites visions narcissique du monde feraient mieux de chercher à imaginer les répercussions de leurs actions, c’est pour moi une évidence de ce genre d’histoires.
    Car c’est naif et puéril au minimum et narcissique/intéressé au pire…

    Mais bon, ca se reproduira sans le moindre doute… :)

    ++

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